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Analyse de la variabilité des prix des produits de grande consommation au Congo

Cette étude analyse la variabilité des prix des produits de grande consommation en République du Congo de janvier 2019 à décembre 2025, afin de caractériser leur évolution temporelle, d’identifier les produits les plus exposés aux tensions inflationnistes et aux fluctuations et de mesurer les disparités territoriales, au-delà du seul indicateur d’inflation globale.
Elle repose sur les données mensuelles de l’Indice Harmonisé des Prix à la Consommation des Ménages (IHPC), produites par l’INS dans le cadre du dispositif harmonisé de la CEMAC, et porte sur 65 produits observés pendant 84 mois dans cinq villes1 : Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Owando et Ouesso. L’analyse combine la décomposition des séries en tendance, saisonnalité et résidu, l’Indice de Tension des Prix (ITP), un Indice Synthétique de Volatilité (ISV) construit par analyse en composantes principales, et une classification des produits en quatre profils : « Sous pression », « Instables », « Onéreux » et « Sereins ».
L’indice global est passé de 100,19 points en 2019 à 120,02 points en 2025, soit une progression cumulée de 19,8%. Cette évolution a été marquée par une accélération à partir de février 2022, correspondant à une rupture structurelle associée aux perturbations des chaînes d’approvisionnement internationales, aux tensions sur les marchés mondiaux et à l’augmentation des coûts logistiques : le rythme mensuel est passé de 0,134 point avant cette date à 0,307 point après. Le niveau général des prix a atteint un maximum en décembre 2024 (124,32 points), avant d’amorcer une phase de désinflation en 2025.
Les tensions se concentrent sur un nombre limité de produits : le transport interurbain enregistre la hausse la plus importante entre 2019 et 2025 (+198,8%), devant l’huile raffinée de palme (+83,3%), le thon séché salé (+76,1%), le bois de chauffage (+69,9%) et l’huile raffinée d’arachide (+56,5%). La volatilité dessine un classement voisin mais distinct : transport interurbain (ISV = 3,841), tomate fraîche (3,733), huile raffinée de palme (3,038), farine de blé (2,981), thon séché salé (2,963), bois de chauffage (2,612) et riz à longs grains (2,463). Une forte inflation ne s’accompagne donc pas systématiquement d’une forte instabilité, ce qui justifie une approche combinant niveau des prix et variabilité.

Le croisement de l’ITP et de l’ISV identifie 19 produits « sous pression », représentant 26,5% du poids du panier de l’IHPC. Le transport interurbain apparaît comme le plus exposé aux tensions (ITP = 8,406), devant l’huile raffinée de palme (3,937), le thon séché salé (3,646), le bois de chauffage (3,225) et la tomate fraîche (1,959). Ces produits constituent des signaux prioritaires pour le suivi conjoncturel et l’anticipation des risques pesant sur le pouvoir d’achat des ménages.
L’analyse territoriale révèle des trajectoires différenciées. Si toutes les villes enregistrent une tendance haussière, son intensité varie : Owando présente la hausse cumulée la plus élevée (+23,9%) et Dolisie la plus modérée (+13,3%), tandis que Brazzaville et Pointe-Noire, principaux pôles d’approvisionnement et de distribution, évoluent près de la moyenne nationale tout en restant sensibles aux chocs externes. Ouesso apparaît particulièrement vulnérable aux ruptures d’approvisionnement, avec un épisode exceptionnel observé en décembre 2024. Ces écarts, liés aux distances d’approvisionnement, aux coûts de transport, aux capacités de stockage et à l’intégration des marchés, montrent que les tensions nationales ne se diffusent pas uniformément.
La composante saisonnière demeure modérée, avec une amplitude de 1,99 point d’indice, un maximum en mai (+0,87 point) et un minimum en octobre (-1,12 point) ; elle reste secondaire au regard des tendances structurelles et des chocs exceptionnels. En définitive, la compréhension de la dynamique des prix suppose de dépasser le seul suivi de l’inflation moyenne : l’intégration de l’ITP, de l’ISV, de l’analyse saisonnière et de la dimension territoriale permet d’identifier les produits vulnérables, de mieux comprendre la transmission des chocs et de renforcer l’aide à la décision publique.

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